Catégories: Insights, Case Law

Tag: Legge 104


14 Juil 2022

Loi 104 : la vacance du poste n’est pas un droit subjectif absolu et illimité du travailleur

La Cour de cassation, par son arrêt n° 20523 du 27 juin 2022, a affirmé que « le droit de choisir le siège le plus proche du domicile de la personne handicapée à aider n’est pas un droit subjectif absolu et illimité, mais il est soumis au pouvoir d’organisation de l’Administration qui, en fonction de ses exigences d’organisation, pourra rendre ce poste « disponible » en décidant de couvrir le poste « vacant ».

Faits

Un travailleur en fonction à la Direction Générale des Activités d’Inspection de Rome a saisi la justice pour faire déclarer son droit à obtenir, conformément à la Loi n° 104 de 1992, article 33, alinéa 5, sa mutation à la Direction provinciale du travail de Foggia (ou, à titre accessoire, à la Direction régionale de Bari), afin de pouvoir aider sa mère, porteuse d’un grave handicap. Il demandait que les juges ordonnent sa mutation et condamnent l’Administration à lui payer les dommages, patrimoniaux et extrapatrimoniaux, subis.

Le Tribunal de Rome, en premier lieu, puis la Cour d’appel de Rome ont rejeté la requête du travailleur contre le Ministère du travail et des politiques sociales. Le travailleur a donc formé un pourvoi en cassation.

L’article 33, alinéa 5, de la Loi n° 104/1992

L’article 33, alinéa 5, de la Loi n° 104/1992, prévoit que « Le travailleur visé à l’alinéa 3 (c’est-à-dire le travailleur salarié du secteur public ou privé qui aide une personne gravement handicapée) a le droit de choisir, dans la mesure du possible, le lieu de travail le plus proche du domicile de la personne à aider et ne peut être muté sans son accord. »

Ce droit de choisir le lieu de travail ne peut être considéré comme absolu et illimité, car la même disposition légale précise que le droit de choisir le lieu de travail le plus proche du domicile de la personne aidée existe seulement « dans la mesure du possible ».

Cette disposition a pour objectif d’équilibrer deux intérêts en conflit, c’est-à-dire l’intérêt du salarié à être muté et l’intérêt économique et opérationnel de l’employeur, surtout en matière de contrat de travail public, quand cet équilibre concerne l’intérêt de la collectivité.

La décision de la Cour de cassation

La Cour de cassation, rappelant de nombreux précédents en jurisprudence, a affirmé que la loi n° 104 de 1992 vise à protéger indirectement les personnes porteuses de handicap, en donnant la possibilité à leurs proches de choisir le lieu de travail le plus adapté pour les aider. Néanmoins, le droit de choisir du travailleur n’est pas inconditionné, car il ne peut porter atteinte aux exigences économiques, productives ou opérationnelles de l’employeur et, surtout dans les cas d’un contrat de travail public, il ne peut créer un préjudice à la collectivité (cf. Cass. 25 janvier 2006, n° 1396 ; Cass., Chambres réunies, 27 mars 2008, n° 7945 ; Cass. 18 février 2009, n° 3896 ; Cass. 30 mars 2018, n° 7981; enfin Cass. 22 février 2021, n° 4677).

Ceci étant précisé, dans le cadre du travail public où il convient de tenir compte non seulement de l’intérêt de l’employeur mais aussi, justement, de celui de la collectivité, la vacance du poste n’est pas une condition suffisante pour rendre absolu et illimité le droit du travailleur de choisir son lieu de travail, car cette vacance doit être accompagnée de la décision de l’Administration publique de rendre ce poste disponible. En effet, l’Administration est libre de choisir de couvrir un poste vacant ou de privilégier des solutions différentes, si elle respecte les principes d’impartialité et de bon fonctionnement dont son activité doit s’inspirer.

En l’espèce, comme la Cour d’appel l’a affirmé, il n’y avait pas de postes « disponibles » dans les bureaux judiciaires demandés par le requérant à Foggia ou à Bari et, de surcroît, selon la vérification des faits accomplie par la Cour d’appel, l’intérêt de l’Administration à ne pas réduire les capacités du siège Rome, où le requérant travaillait à l’époque, prévalait, et était, comme tel, incontestable en cassation.

Pour conclure, l’exigence d’un proche de choisir le lieu de travail le plus approprié pour aider une personne handicapée est en règle générale récessive par rapport aux exigences du service et, dans la fonction publique, la vacance n’est qu’ « une simple potentialité » qui ne devient « actualité » qu’en présence d’une décision spécifique de l’Administration publique, laquelle doit exprimer son intérêt concret et actuel de couvrir le poste, rendant ainsi la vacance disponible (Cass. n° 11651/2018, cité ; Cass. 13 août 2021, n° 22885).

À la lumière de ce qui précède, la Cour de cassation, confirmant la décision de la Cour d’appel de Rome, a rejeté la requête et condamné également le travailleur aux dépens.

Contenus corrélés :

Inscrivez-vous à notre lettre d’information

Contacts

Vous avez besoin d'informations ? Écrivez-nous et notre équipe d'experts vous répondra dans les plus brefs délais.

Remplissez le formulaire

Autres nouveautés et insights

12 Oct 2026

« AI tools, remote work and confidential data: employer liability in a borderless environment » – Conférence annuelle de l’IBA 2026

À l’occasion de l’IBA Annual Conference 2026 à Copenhague, notre Managing Partner Vittorio De Luca a animé, aux côtés de Anne Morel (BSP, Luxembourg), une session consacrée à…

1 Oct 2026

E-mail professionnelle et contrôles défensifs : quand le RGPD et le droit du travail ne coïncident pas

L’affaire Piaggio illustre de manière particulièrement évidente comment, face aux mêmes faits, des appréciations profondément différentes peuvent coexister selon la perspective adoptée. Par une décision du 13 juin…

1 Oct 2026

NASpI et réintégration : le choix du salarié entraîne la perte de l’allocation

Sommaire La Cour de cassation, par son récent arrêt n° 24981 du 3 septembre 2026, a jugé que, lorsqu’un licenciement est annulé avec ordre de réintégration en application…

1 Oct 2026

Saviez-vous que… un témoignage rendu en justice peut avoir une portée disciplinaire et, dans les cas les plus graves, justifier un licenciement ?

La Cour de cassation italienne, section Travail, par son ordonnance n° 25687 du 22 septembre 2026, s’est prononcée sur la portée disciplinaire des déclarations faites par un salarié…

29 Sep 2026

Shadow AI en entreprise : comment maîtriser les risques, les données et la sécurité (Agenda digitale, 29 Septembre 2026 – Vittorio De Luca et Martina De Angeli)

La diffusion d’outils d’intelligence artificielle utilisés sans autorisation de l’entreprise expose les organisations à des risques liés aux données personnelles, aux informations confidentielles, au savoir-faire et à la…

24 Sep 2026

Le concept de « territoire » dans le cadre de la clause de non-concurrence (Top24 Lavoro Ai – Il Sole 24 Ore, 24 September 2026 – Vittorio De Luca et Alessandro Ferrari)

Les problématiques d’interprétation à la lumière de la jurisprudence la plus récente en matière de nullité de la clause de non-concurrence pour imprécision de la limitation territoriale Par…